Digitalisation des essais cliniques : une nécessité pour faire avancer la recherche médicale

Cruciaux dans la mise au point de médicaments, les essais cliniques sont aujourd’hui retardés par la difficulté de recrutement de participants. Les décentraliser et les dématérialiser, grâce au numérique, pourrait être la solution. Lionel Bascles, Global Head of Clinical Sciences & Operation et Rémi Chossinand, Head of the Digital Clinical Solution Center de Sanofi décryptent les atouts de la digitalisation des essais cliniques. 

Pourquoi numériser les essais cliniques ?

Lionel Bascles. – L’organisation des essais cliniques est devenue plus complexe, longue et coûteuse. Le recrutement de participants appropriés est de plus en plus difficile, surtout lorsqu’il s’agit de traitements ciblant des maladies très spécifiques qui ne touchent que des populations restreintes de patients.

Rémi Chossinand. – Un autre obstacle à la participation des patients est l’emplacement géographique. 87 % des patients souhaitent participer aux essais cliniques. Or, beaucoup1 d’entre eux vivent à plus de deux heures de route du site d’étude le plus proche. Sachant que la plupart du temps, la participation aux essais cliniques oblige les patients à se déplacer pour des observations et examens réguliers, parfois plusieurs fois par mois, il va de soi que leur éloignement du site de l’étude représente un obstacle important en termes de participation. 80 % des études cliniques sont ainsi retardées en raison de problèmes de recrutement1.

LB. – Ces retards, qui prolongent la période de développement de nouveaux médicaments innovants, entrainent de facto un retard de leur mise sur le marché, tant et si bien que les patients doivent souvent attendre de nombreuses années pour bénéficier de nouvelles options thérapeutiques. Afin de remédier à ce problème croissant, Sanofi travaille à l’élaboration de nouvelles solutions autour de la décentralisation et de la dématérialisation de la conduite de ses essais cliniques et ce, grâce au numérique.

Quels bénéfices apporte cette numérisation des essais cliniques ?

RC. – Le recours à des technologies numériques pour rationaliser l’identification des participants, leur recrutement et le maintien de leur participation dans l’étude devrait permettre de réduire d’au moins 30 %2 la durée des essais cliniques types. Les patients vont, par exemple, pouvoir être suivis et transmettre les données de ce suivi aux chercheurs grâce à un smartphone. Ils pourront communiquer avec le personnel de l’étude à tout moment, tout en continuant d’être pris en charge par leur médecin traitant. Les données des patients seront ensuite envoyées de manière sécurisée aux chercheurs.

LB. – Avec les essais cliniques “numériques”, nous pourrons obtenir et analyser bien plus tôt les données sur l’effet d’un nouveau médicament en situation réelle, ce qui permettra aux patients d’avoir plus rapidement accès aux médicaments.

Pourquoi cette pratique est-elle peu développée en France ?

LB. – Cela n’est pas propre à l’Hexagone. La France n’est pas plus en retard que ses voisins en ce qui concerne le développement des outils digitaux. Elle a même de nombreux atouts : excellentes formations d’ingénieurs, projets créatifs et innovants plébiscités à l’étranger, orientations stratégiques claires en matière d’intelligence artificielle, etc. Le développement de la télémédecine en France ainsi que la constitution et l’utilisation de plus en plus fréquentes de plateformes de données médicales digitales (e-MR pour electronic medical records) sont, avec l’excellence médicale, des leviers importants dans le projet de transformation des essais cliniques.

L’amélioration de la recherche clinique passe aussi par l’engagement de tous. Il faut en faire partie, accepter de contribuer au développement de nouvelles solutions de santé. Cela peut se traduire par la participation à un essai clinique ou plus simplement à accepter de partager ses données de santé (qui seront alors anonymisées), sous réserve évidemment du strict respect des lois sur l’accès et l’utilisation des données personnelles. Ce n’est qu’à ces conditions que nous ferons progresser la recherche, au bénéfice des patients.

 

Références :

1. Etude publiée par le Center for Information and Study on Clinical Research Participation (CISCRP)

2. Selon Science 37

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