Immuno-oncologie : l’arme au corps

Depuis 2015, et l’autorisation de mise sur le marché du premier traitement d’immunothérapie, les patients atteints d’un cancer ont une nouvelle raison d’espérer.

Le point sur cette arme révolutionnaire qui vient s’ajouter à la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie et les thérapies ciblées pour vaincre un mal qui a encore progressé en 20171. Une arme de destruction massive qui mise sur le système immunitaire. Explications.

Comment fonctionne le système immunitaire ?

Chargé de protéger l’organisme, le système immunitaire identifie et détruit tout ce qui lui semble étranger et/ou dangereux, c’est-à-dire les bactéries ou les virus mais aussi les cellules cancéreuses et ce, avant qu’elles ne se propagent. Il produit alors des anticorps qui se lient aux protéines, ou antigènes, présents à la surface des cellules anormales, ce qui enclenche des mécanismes immunitaires pour les détruire. Les cellules qui produisent les anticorps sont les lymphocytes B, celles qui détruisent les cellules anormales, les lymphocytes T.

Pourquoi faut-il agir sur le système immunitaire pour vaincre le cancer ?

Certaines cellules cancéreuses parviennent à déjouer le système immunitaire pour ne pas être reconnues comme des cellules anormales ou pour désactiver les défenses, et ainsi continuer à proliférer. Avec l’immunothérapie, on redonne au système immunitaire les moyens d’attaquer, en boostant certaines de ses cellules pour les rendre plus efficaces et/ou en faisant tomber le masque des cellules tumorales. Il existe 4 façons d’agir.

Quelles sont les 4 approches utilisées ?

1. La principale approche consiste à « déverrouiller » le système immunitaire avec des anticorps monoclonaux, dont les inhibiteurs de points de contrôle. En bloquant les mécanismes que la tumeur a déclenchés pour verrouiller les lymphocytes T, les cellules immunitaires vont pouvoir l’attaquer à nouveau.

2. Pour rapprocher les cellules immunitaires des cellules tumorales, puis détruire ces dernières, on va utiliser des anticorps bispécifiques. Appelés ainsi car ils peuvent se lier en même temps aux cellules cancéreuses et aux cellules immunitaires tueuses, ces anticorps permettent notamment aux lymphocytes T d’agir sur la tumeur.

3. Le transfert adoptif de cellules immunitaires consiste à prélever et sélectionner les cellules immunitaires les plus efficaces contre la tumeur du patient avant de les amplifier puis les réinjecter au même patient. Une approche plus récente va plus loin dans la mesure où ces cellules T sont aussi génétiquement modifiées en laboratoire pour repérer des antigènes tumoraux à la surface des cellules cancéreuses et pouvoir les attaquer encore plus efficacement. Une autre voie de recherche est à l’étude. Elle permettrait de créer des cellules standardisées pouvant être produites à l’avance et disponibles à tout moment pour le patient.

4. Les vaccins anti-tumoraux, permettent quant à eux de dresser le système immunitaire contre une ou plusieurs cibles précises. Contrairement aux vaccins préventifs, ces vaccins thérapeutiques ne visent pas à prévenir la maladie, mais à la traiter. Ils sont conçus à partir de cellules cancéreuses, de fragments de cellules, d’antigènes ou encore de cellules immunitaires.

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Notre système immunitaire : un allié de choc contre le cancer !
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Dream molécules, des molécules qui font rêver

Trois questions à Ingrid Sassoon, Directeur de recherche « dream molecules » chez Sanofi.

>> Pourquoi les molécules sur lesquelles vous travaillez font-elles rêver ?

Ingrid Sassoon. - Parce qu’elles devraient être capables de traiter un jour un très grand nombre de patients, quel que soit l’état d’avancement de leur tumeur et quelle que soit l’indication, avec le minimum d’effets secondaires. Ce qui est le rêve de tout oncologue. Le nôtre est qu’il devienne réalité !

>> À quoi ressemblent-elles et comment fonctionnent-elles ?

IG. - Ce sont des molécules biologiques dérivées d’anticorps et obtenues par des technologies de génie génétique. Elles incluent le blocage des points de contrôle mais vont bien plus loin, puisqu’elles peuvent se fixer à plusieurs cibles pour activer, inhiber, rapprocher différents types de cellules en même temps. Ce qui a pour effet de réactiver le système immunitaire avec force, de façon durable et pour un plus grand nombre de patients.

>> Quel espoir représentent-elles pour les patients ?

IG. - L’immunothérapie est aujourd’hui une des voies les plus prometteuses pour lutter contre le cancer. De nombreux essais cliniques laissent entrevoir des durées de survie globale plus longues et constituent un formidable espoir pour les patients, notamment pour des indications ayant jusque-là peu bénéficié d’innovations thérapeutiques. Quelquefois plus faciles à préparer et à administrer qu’une chimiothérapie, les anticorps ne nécessitent généralement aucune prémédication. Quant aux « dream molécules », au lieu d’injecter une combinaison de plusieurs anticorps, on n’en injecterait qu’un seul, ce qui pourrait améliorer l’accès aux soins.

Ingrid Sassoon, Directeur de recherche « dream molecules » chez Sanofi.Ingrid Sassoon, Directeur de recherche « dream molecules » chez Sanofi.

Molécules PRR conjuguées, des molécules qui conjuguent l’espoir

Trois questions à Stéphanie Decary, Directeur de recherche Anticorps conjugués chez Sanofi.

>> En quoi consistent les molécules PRR conjuguées ?

Stéphanie Decary. - Les molécules Pattern Recognition Receptor (PRR), ou récepteurs de l’immunité, se composent d’un anticorps et d’une petite molécule chimique capable d’activer le système immunitaire en réveillant les récepteurs de l’immunité. Face à une tumeur dite « froide » ou indétectable, ces molécules PPR-conjuguées programmées pour se diriger vers elle, s’y accrochent, pénètrent à l’intérieur des cellules malades, puis y libèrent la petite molécule. Toutes nos défenses immunitaires sont alors réveillées et reconnaissent la tumeur comme un élément étranger à éliminer. La tumeur froide se transforme en tumeur dite « chaude », détectable et donc à détruire. Attaquée par le système immunitaire, la tumeur est éliminée.

>> Pour quels cancers ces molécules sont-elles indiquées ?

SD. - Elles sont particulièrement indiquées pour traiter les patients qui ne sont pas ou plus réceptifs aux inhibiteurs de points de contrôle seuls. Ce qui représente près de 80 % des patients atteints de cancers. En combinant les deux traitements, les cellules immunitaires vont pouvoir à nouveau reconnaitre la tumeur comme un agent étranger et l’attaquer alors qu’elles en avaient perdu la capacité. La combinaison de ces deux traitements permettra de guérir un plus grand nombre de patients qu’avec les inhibiteurs de points de contrôle seuls.

>> Qu’apporteront-elles concrètement aux patients et à quel horizon ?

SD. - Combinées aux inhibiteurs de point de contrôle ou au transfert adoptif de cellules, elles pourront aboutir à une guérison durable car les patients seront définitivement immunisés contre la tumeur. Les résultats des premiers tests précliniques sont encourageants. Si le projet passe avec succès toutes les étapes nécessaires à la mise au point d’un nouveau médicament, un traitement innovant porteur d’espoir pourrait être commercialisé d’ici 10 ans.

Stéphanie Decary, Directeur de recherche Anticorps conjugués chez SanofiStéphanie Decary, Directeur de recherche Anticorps conjugués chez Sanofi

1Avec 400 000 nouveaux cas en 2017, le cancer a encore augmenté en France. C’est ce que révèle le rapport publié en avril 2018 par l’agence Santé publique France, l’Inserm, l’Institut national du cancer (Inca) et les Hospices Civils de Lyon (HCL).

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