« La France a un vrai potentiel de réussite internationale en e-santé ! »

Partenaire principal des Trophées de la santé mobile, qui avaient pour thème cette année la compétitivité économique française en matière de e-santé, Sanofi s’est exprimé sur ce sujet lors des débats et conférences organisés par dmd Santé, le 8 février dernier. Retour sur l’interview de Gilles Litman, Directeur stratégie et innovation, Sanofi France, réalisée dans le cadre des Trophées de la santé mobile 2016.

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Gilles Litman, Trophées Santé Mobile 2016

Sanofi est l’un des acteurs majeurs de la santé au niveau mondial. Avec cette expertise particulière, comment évaluez-vous la compétitivité globale de la e-santé française à l’international ?

La France présente de nombreux atouts en termes d’innovation. Ce n’est pas un hasard si, rapporté à notre population, nous avons un nombre élevé de Prix Nobel ou de médaillés Fields dans le domaine des mathématiques… Notre pays a un système académique et universitaire d’excellence, avec une tradition pluridisciplinaire. Plus globalement, nous avons également des grands champions internationaux français et un écosystème performant, avec de nombreux pôles de compétitivité, des incubateurs et des structures qui favorisent l’innovation. Les mécanismes de financement sont variés comme ceux mis en place par la BPI ou les programmes d’investissement d’avenir.

À cela s’ajoute une volonté politique forte, avec la promotion de la French Tech qui a aujourd’hui une visibilité importante. Nous l’avons vu au CES cette année, où plus de 180 startups françaises tous domaines confondus étaient présentes, faisant de la France le 2ème pays le plus représenté. En e-santé, les startups françaises étaient nombreuses : le dynamisme est donc indéniable dans ce domaine et reconnu à l’étranger.

Chez Sanofi, qui est un groupe international, plusieurs éléments attestent de l’attractivité de la France en matière d’innovation. D’abord, le fait que Sanofi consacre à la France près de la moitié de son budget R&D global alors que le pays représente 7 % du chiffre d’affaires du Groupe. Ce niveau d’investissement est la preuve de la confiance que nous avons dans l’écosystème français et dans sa capacité à innover. Rappelons également que notre tout premier projet en e-santé est un projet de télémédecine franco-français, développé avec l’éditeur Voluntis et le Ceritd (Centre d’étude et de recherche pour l’intensification du traitement du diabète). Notre accord mondial signé avec Google pour développer des solutions pour les patients diabétiques est aussi une preuve supplémentaire de l’ambition de Sanofi en e-santé.

Quels sont les autres atouts de notre pays pour permettre à la e-santé française de rayonner ?

Nous bénéficions d’un système de santé de qualité en France malgré plusieurs défis, avec un accès aux soins démocratique et large. Les professionnels de santé et les infrastructures sont de grande qualité. Dans ce contexte, lorsqu’on arrive à faire travailler ensemble ingénieurs, techniciens, industriels et médecins, on a un cadre propice pour expérimenter des projets. C’est d’ailleurs en France qu’on a inventé le 1er cœur artificiel !

L’écosystème est favorable, est-ce que cela suffit à faire de la France un des pays moteurs de la e-santé au niveau international ?

L’écosystème joue indéniablement un rôle favorable, comme le montre le dynamisme actuel de la e-santé française. Mais l’écosystème seul n’est pas suffisant pour nous permettre de rayonner et diffuser davantage nos innovations en dehors des frontières. Nous avons des projets de qualité, de nombreux inventeurs et entrepreneurs brillants, mais rapidement rattrapés par deux problématiques. La première qui est de trouver un business model viable pour exister. Sans ce modèle, il sera difficile de dépasser le stade d’expérimentation pour un grand nombre de projets.

La seconde difficulté est celle du développement, comment passer du stade de startup à celui de moyenne entreprise ? Cette transition est complexe en France. Eviter que pour se développer, les startups soient obligées de s’exporter aux États-Unis est un grand défi aujourd’hui, car d’autres pays sont plus propices en termes de business que la France. C’est une des volontés du gouvernement que de répondre à ces problématiques, en créant des mécanismes de financement, d’accélération et d’expérimentation.

Le problème reste aussi la complexité du système français : il est très éclaté, avec beaucoup d’acteurs, que ce soit pour évaluer les solutions, pour octroyer les fonds, pour valider et mettre en place des pilotes. À ce frein s’ajoute celui du temps : ces mécanismes se mettent en place dans un temps beaucoup trop long comparé au temps de la technologie.

Pour sortir de l’expérimentation au niveau national, où se situent les marges de progression ?

Pour Sanofi, il y a 3 dimensions et points-clés à étudier pour favoriser le développement de la e-santé. D’abord, la notion de co-construction : la e-santé ne prendra son essor que si elle est adoptée par ceux à qui elle est destinée, à savoir les patients et les professionnels de santé. Il faut répondre à un besoin : cela peut paraître évident, mais c’est un enjeu qui est souvent sous-estimé. Capter leurs « insights » et avoir leurs avis sur le projet en cours est essentiel. Ensuite, il faut penser à la notion de transformation des pratiques et d’accompagnement du changement : comment s’assurer que ces solutions seront adoptées, alors même que les professionnels de santé n’ont pas beaucoup de temps ? Cette dimension d’adoption d’usage est importante : on se focalise trop sur l’outil alors que c’est l’usage qui importe. On n’imposera pas ces solutions. Elles seront adoptées ou pas.

Un deuxième point me semble essentiel, celui de l’anticipation de la transformation des métiers. Avec l’arrivée de la télémédecine par exemple, la pratique sera différente de celle qui peut être enseignée aujourd’hui dans les universités. Les compétences vont évoluer, la délégation de tâches sera importante. Les infirmières auront un rôle majeur pour accompagner les patients grâce à des outils connectés. Il faut voir cette transformation, et notamment la création de nouveaux métiers, comme une grande opportunité à anticiper, à accompagner.

Dernier sujet important pour nous, industriels et entrepreneurs : qui finance ou financera ces solutions demain ? La question de la clarification du business model est essentielle. Sans cela, il semble difficile de transformer ces innovations en business, en emplois et donc en sociétés pérennes.

On voit de plus en plus de partenariats, de programmes de soutien à l’attention des startups de la e-santé, portés par des acteurs industriels. Sanofi en est l’un des exemples les plus avancés. Pourquoi avoir choisi cet axe stratégique ?

Quand on s’appelle Sanofi, avec la place inégalée que nous avons en France et compte-tenu de nos ambitions, nous avons un rôle important à jouer auprès des entreprises de la e-santé française pour les accompagner, les aider à se développer et faire en sorte qu’elles arrivent à déployer leurs solutions. Cet axe d’ouverture est celui que nous avons choisi depuis plusieurs années, à commencer par notre R&D tournée vers l’extérieur.

Mais cette dynamique d’innovation ouverte se retrouve à d’autres niveaux de l’entreprise et notamment dans nos activités en e-santé. L’idée est communément admise aujourd’hui mais elle était novatrice à l’époque : l’innovation émerge dans des petites structures souples et agiles ; des caractéristiques qui manquent parfois quand on est un groupe de 110 000 personnes. C’est pourquoi, nous avons été parmi les premiers signataires de l’Alliance pour l’innovation ouverte d’Axelle Lemaire en décembre.

Qu’est-ce qu’apporte un grand groupe comme le vôtre aux startups ?

Il faut trouver un équilibre entre ce que chacun peut apporter. La première chose dont les startups ont besoin, ce sont des clients pour pouvoir vendre leurs produits ou services. Développer une relation commerciale avec elles, c’est ce que les grands groupes doivent faire en fonction, bien-sûr, de leurs priorités stratégiques. Les start-ups ont également besoin de moyens que nous pouvons mettre à leur disposition que ce soit, par exemple, en termes de promotion, d’études cliniques ou d’autres compétences plus spécifiques.

La troisième composante est le soutien pur aux startups. Cela va de l’incubation chez des partenaires, à l’aide à l’internationalisation grâce à nos filiales, ou encore à la visibilité donnée sur des événements, comme nous l’avons fait avec Futur en Seine l’an dernier. C’est dans cet esprit que nous avons créé le contrat de coopération où nous avons essayé de consigner nos engagements réciproques avec les startups.

En 2015, nous avons rencontré plus d’une centaine de startups. Nous sommes également très présents dans les pôles de compétitivité, à Paris et en régions. Je crois beaucoup en l’alliance de structures comme la nôtre et de structures plus petites. Maintenant que les start-ups e-santé sont constituées en association, avec France eHealthTech, cela va nous aider à accélérer nos partenariats. L’association va nous permettre de gagner en efficacité pour identifier les startups et évaluer leurs solutions. Il y a largement matière à trouver des besoins convergents entre nous.

Votre métier traditionnel est de développer des médicaments. Est-ce que l’on peut envisager aujourd’hui, quand on s’appelle Sanofi, de développer un nouveau traitement sans penser à son accompagnement par le numérique ?

C’est de moins en moins le cas. Nous nous servons du digital pour présenter nos produits aux professionnels de santé. Nous avons beaucoup enrichi notre approche par des outils numériques pour expliquer le mécanisme d’action, l’administration et sensibiliser sur une pathologie. Aujourd’hui, lorsque nous lançons de nouveaux traitements, nous le faisons en général avec des programmes d’accompagnement destinés à la fois aux patients et aux professionnels de santé.