La réalité virtuelle : quelle légitimité en santé ?

Inspirée du jeu vidéo, la réalité virtuelle parvient peu à peu à se démocratiser dans de nombreux secteurs, en particulier dans le domaine de la santé.

Elle permet, grâce à un casque, d’immerger l’utilisateur à 360 degrés dans des images animées et sonores. En assistant les traitements thérapeutiques, en améliorant la formation des praticiens ou encore en apportant une dimension plus ludique aux soins, la réalité virtuelle serait-elle l’outil rêvé des professionnels de santé et des patients ?

Des solutions d’éducation thérapeutique immersives

Grâce à la réalité virtuelle, il est aujourd’hui possible de traiter de nombreux troubles. Certaines cliniques utilisent par exemple la réalité virtuelle pour la thérapie d’exposition. Il s’agit de confronter le patient à la source de son traumatisme de façon graduelle afin de lui faire adopter un nouveau comportement.

Cette technologie cognitive  est utilisée en thérapie fonctionnelle – dans le cadre d’une perte de motricité par exemple. L’agence e-santé Trois Prime travaille par exemple sur la réinsertion des patients atteints de maladies neuro-dégénératives, psychiatriques et lésionnels tels que les AVC et les traumatismes. Elle a développé VTOPIA Neuro, une plateforme qui propose aussi bien des solutions appliquées à la rééducation des fonctions cognitives altérées que des outils d’aide à la décision médicale dans les traumatismes crâniens.

Un exemple très concret : le patient est immergé dans une cuisine en réalité virtuelle qui va permettre au praticien de l’observer en situation. Le patient aura par exemple pour mission de suivre une recette destinée à voir de quelle façon il planifie ses actions. Le praticien pourra ainsi identifier les difficultés rencontrées et proposer des axes d’amélioration en temps réel pour travailler progressivement sur l’autonomie du patient.

« Grâce à sa dimension ludique et pédagogique, la réalité virtuelle permet de réinventer le rapport qu’entretiennent les patients avec leur santé. Elle favorise leur acceptation vis-à-vis de leurs pathologies ».

Théo Larrousse, Pharmacien & Innovation Manager chez Trois Prime

Cette technologie s’applique aussi  au traitement des phobies. Peur de l’avion, de conduire, des hauteurs, des araignées…, cette technologie est très efficace dans la mesure où elle est capable de projeter virtuellement le patient dans un univers où sa phobie se traduit de façon très réaliste. Imaginés avec les thérapeutes, les scénarios auxquels le patient va être confronté vont créer une répétition et une intensité qui vont lui permettre progressivement d’accepter la situation qui le bloquait dans la réalité.

Soulager la douleur

En octobre 2017, une équipe de recherche suisse est parvenue à montrer l’efficacité de la réalité virtuelle pour traiter les douleurs fantômes survenant sur des personnes amputées ou paraplégiques.

Ainsi, un stimulus visuel couplé à un stimulus tactile donnerait l’illusion de sentir ses membres et réduirait cette douleur pour laquelle il n’existe aucun remède. Composé d’une paire de jambes fictives, d’une caméra et d’un casque de réalité virtuelle, leur dispositif mise sur l’illusion. Filmées par la caméra en temps réel, les jambes apparaissent aux yeux du patient comme étant les siennes. Au même moment, le scientifique tapote simultanément le dos du patient et les jambes factices : l’illusion se crée au bout d’une minute, et la douleur diminue.

Mieux former les professionnels de santé

Un des mots d’ordre éthique en santé : jamais la première fois sur le patient”, souligne Jérôme Leleu, Président de Interaction Healthcare, agence digitale spécialisée dans le secteur de l’e-santé qui développe notamment des solutions numériques destinées aux patients et des outils de simulation numérique pour les professionnels de santé avec son département « SimforHealth ». Grâce à la réalité virtuelle, les facultés de médecine disposent d’applications pour leurs étudiants et internes. L’objectif par exemple : proposer à un interne en médecine des situations d’urgence particulières afin d’évaluer son diagnostic dans l’urgence, ses prises de décisions et les actes réalisés. Grâce à ces programmes, les étudiants peuvent être confrontés, sans risques, à des situations où leur sang-froid est évalué, tout comme leur capacité à prendre les bonnes décisions dans des situations d’urgence vitale.

Par ailleurs, de nombreuses simulations en réalité virtuelle sont dédiées à l’apprentissage de la médecine, qu’il s’agisse de se former à la chirurgie grâce à la simulation d’une intervention mais aussi en anatomie, en neurologie ou encore en cardiologie. L’agence Trois Prime par exemple, travaille sur une plateforme de réalité virtuelle dédiée à la chirurgie : VTOPIA Surgical. Cette dernière permet de former des apprentis chirurgiens à des cas cliniques très concrets. Ils sont ainsi amenés dans une salle d’opération pour y réaliser une sleeve gastrectomie. L’apprenti chirurgien est formé au plus près des conditions réelles, tant par le réalisme de l’environnement que par le détail apporté aux organes du patient.

La réalité virtuelle ouvre également le champ des possibles en matière de formation à distance. Les chirurgiens sont en effet parfois obligés de traverser le globe pour apprendre telle ou telle spécialité. Avec cette technologie, des formations très spécifiques deviennent accessibles n’importe où  et peuvent favoriser l’échange et la collaboration entre des professionnels de santé de pays différents.

Vers la démocratisation de la réalité virtuelle ?

“S’il y a des pionniers qui tentent de démocratiser l’outil, la réalité virtuelle peine encore à s’imposer”, explique Théo Larrousse (Trois Prime). La valeur ajoutée de ce nouvel outil ne serait pas encore évidente pour tous les praticiens. Pour Ronan Le Quéré, Directeur Général chez Interaction Healthcare, “plus les patients et les praticiens seront nombreux à tester la réalité virtuelle, plus cette technologie sera adoptée”, car l’adhésion est très forte chez ceux qui ont l’occasion de tester ce type de solution.

Une chose est sûre, peu à peu, nous franchissons les frontières du virtuel, et ce n’est qu’un début… à condition que la réalité virtuelle soit « accessible, simple d’utilisation et dispose d’une richesse de contenus” souligne Jérôme Leleu (Interaction Healthcare).

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