Que peut-on attendre de la digitalisation de l’officine ?

À l’heure du tout connecté, la pharmacie se tourne vers des solutions innovantes pour répondre aux nouvelles attentes des patients. Comment le rôle du pharmacien va-t-il évoluer dans ce contexte ? De quelle manière le digital transformera-t-il notre rapport à la pharmacie d’officine ? Les outils numériques peuvent-ils favoriser un meilleur accompagnement du patient ? Éclairages croisés de Jacques Perche, Directeur Général de Sterling Pharma, d’Alban Charrière, co-fondateur de Pharmanity.com et Jordan Cohen, Président de Pharma Express.

La pharmacie d’officine prend le virage de la transformation numérique. En cause : « la concurrence », explique Jacques Perche, Directeur Général de Sterling Pharma . Tout d’abord « celle des grands réseaux de distribution mais aussi celle des pharmacies étrangères en ligne, belges et allemandes notamment. » À cela s’ajoute, la maîtrise des coûts de santé souhaitée par les autorités publiques et la nécessité de se repenser et de se réorganiser devant l’arrivée d’acteurs tels qu’Amazon. Aussi, rappelle Jacques Perche, « la pharmacie doit s’adapter aux nouveaux modes de consommation de la génération des 18/35 ans, qui trouvent par exemple naturel de se faire livrer depuis son smartphone. » « C’est en ce sens que notre société a lancé un service de livraison à domicile de médicaments avec ou sans ordonnance, disponibles en moins d’une heure, dans les 30 plus grosses villes de France », témoigne Jordan Cohen.

« La transformation numérique de la pharmacie d’officine suit les mouvements sociétaux », poursuit Jacques Perche. Avec la désertification médicale, la montée de l’automédication et le développement des services de coaching santé, le pharmacien peut, plus que jamais, devenir le premier interlocuteur santé et ce, en toute légitimité.  Petit à petit, le métier évolue donc vers de nouveaux services qui tendent à répondre de mieux en mieux aux besoins des patients.

Entre des enjeux de visibilité et des nouveaux modes de distribution

Pour Alban Charrière, co-fondateur de Pharmanity.com , il est avant tout question de visibilité : « il est devenu indispensable pour les pharmacies d’être présentes sur internet, ne serait-ce que pour éviter de perdre des patients qui ne les trouveraient pas. » Il rappelle par ailleurs que les pharmaciens ont la chance d’être déjà équipés d’outils informatiques avancés qui facilitent la digitalisation (logiciels de gestion de stock, connexion internet, connaissance et utilisation des outils informatiques). Il serait donc indispensable pour le pharmacien de profiter de cet environnement technique pour donner de la visibilité à son activité. C’est sur ce constat que Pharmanity a été lancé et ce, afin de permettre aux patients de trouver facilement les pharmacies qui correspondent à leurs besoins.

Alban Charrière rappelle que pour être réussie, « la transformation numérique pour les pharmacies doit être pensée de manière globale (visibilité, fidélisation et optimisation du parcours client) et transversale en étant interconnectée avec l’ensemble des partenaires de l’officine (groupements, grossistes, laboratoires et prescripteurs). » Pour lui, les pharmaciens doivent également avoir un back-office pharmacien unique et facile d’utilisation leur permettant de centraliser la communication et la gestion de leur officine, de leurs partenaires et de leurs patients.

Renforcer le rôle du pharmacien dans le système de santé

Dans tous les secteurs d’activité, le digital change les rapports entre les entreprises et leurs utilisateurs. Pour les pharmaciens, les innovations digitales permettent de prolonger le lien qu’ils entretiennent avec leurs patients. « Pour fonctionner, souligne Alban Charrière, les solutions déployées doivent répondre non seulement aux attentes des pharmaciens mais également à celles des utilisateurs en partant de l’analyse des besoins et en proposant des services cohérents et intelligents. » Selon lui, la pharmacie d’officine évolue et continuera d’évoluer en intégrant de nouveaux outils à forte valeur ajoutée, tout en renforçant son rôle auprès du patient : « le contact, la proximité, l’écoute ou l’empathie resteront dans les mains des professionnels de santé. Le digital permettra de mieux appréhender et de mieux répondre aux attentes des patients », pour un meilleur accompagnement.

Jacques Perche perçoit deux aspects majeurs dans la transformation de notre rapport à la pharmacie d’officine. D’un côté, celui du suivi des patients malades chroniques, où le digital vient apporter une source de complément d’information en temps réel sur le patient permettant au pharmacien de fournir le bon conseil et prendre la bonne décision. De l’autre, le suivi des personnes bien portantes, qui souhaitent le rester grâce à des conseils avisés de prévention. C’est par exemple dans cette optique que Sterling Pharma a lancé l’application Conseil Santé, un service mobile de conseils à la patientèle des pharmacies.

La data intelligence et la télémédecine : deux tendances émergentes

Parmi les grandes tendances qui pourraient refaçonner la pharmacie : la data intelligence. « La connaissance des données santé du patient associée à des algorithmes sera une source d’aide à la décision du pharmacien qui lui permettra d’apporter ce degré de proximité, d’intimité, de personnalisation, avec encore plus de pertinence sur le plan médical », insiste Jacques Perche. Même constat pour Alban Charrière qui estime que les tendances prédictives concernant les épidémies pourront être modélisées, que la gestion de problèmes liés à des produits pourra être mieux synchronisée entre les différents acteurs, et enfin que le suivi des patients pourra être renforcé, en particulier pour s’assurer de la bonne observance.

Autre tendance clé pour la pharmacie du futur : la télémédecine. L’installation et l’utilisation de cabines ou tablettes dédiées et connectées avec des médecins pour réaliser des téléconsultations est en train de se développer et pourrait apporter de réels avantages dans la prise en charge des patients dans les déserts médicaux. Un dispositif qui, selon Alban Charrière, permettra aussi à des pharmacies qui sont en difficulté à cause du manque ou de l’absence de médecins à proximité de maintenir leurs activités et d’apporter une réelle mission de service public à leurs patients.

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