Novadiscovery développe la médecine prédictive « in silico »

Développer un médicament est un processus long et complexe. Du lancement d’un programme de recherche à sa mise sur le marché, 15 ans peuvent s’écouler. Seule une molécule sur 10 000 aboutit et les échecs sont identifiés tardivement.

Pour pallier ces écueils, Novadiscovery, une start-up spécialisée dans la modélisation et la simulation quantitative appliquée à la R&D, a développé une technologie unique. Quatre questions à François-Henri Boissel, co-fondateur et PDG de Novadiscovery.

En quelques mots, quelle est l’activité de Novadiscovery ?

François-Henri Boissel. – L’activité de Novadiscovery repose sur la recherche dite « in silico ». Elle explore des hypothèses par simulation numérique, avant le lancement d’essais cliniques conventionnels, pour augmenter leur probabilité de succès ou identifier plus précocement des échecs. Cette approche permet aux industriels de la santé de prendre de meilleures décisions d’allocation des ressources et d’établir la preuve de la pertinence d’un médicament en amont des étapes traditionnelles. Notre offre séduit particulièrement les biotechs qui ont besoin de « dé-risquer » au maximum leur phase d’études cliniques. Le cancer, les maladies infectieuses et les maladies cardio-vasculaires sont les domaines thérapeutiques sur lesquels nous travaillons le plus.

 

Comment vous est venue l’idée de créer votre entreprise ?

FHB. – Les connaissances disponibles dans la littérature scientifique sont immenses : 30 millions d’articles médicaux ! Je me suis associé à mon père, ancien professeur de pharmacologie clinique à l’Université Claude Bernard de Lyon et responsable scientifique à l’Inserm de la recherche thérapeutique, pour créer Novadiscovery en 2010. Nous compilons et modélisons dans le langage universel des mathématiques l’énorme somme de connaissances accumulées depuis 70 ans. Grâce aux modèles mathématiques et à la simulation par ordinateur, nous sommes capables d’évaluer l’efficacité des traitements ou prédire les résultats d’études cliniques.

François-Henri Boissel, co-fondateur et PDG de Novadiscovery
 

Concrètement, comment arrivez-vous à prédire les résultats d’études cliniques par les simulations informatiques ?

FHB. – Une fois toute la littérature scientifique passée au peigne fin sur une pathologie, nous créons différents sous-systèmes (avec toutes les entités biologiques impliquées dans la maladie). Un modèle physiopathologique est ainsi obtenu. Reste à le transformer en équations. Un modèle de maladie peut comporter jusqu’à 1 500 paramètres avec 500 équations régissant leurs relations. Ensuite, nous créons des modèles informatiques du traitement candidat. Puis, la dernière étape consiste à générer les patients virtuels, c’est-à-dire des séries de valeurs prises par chacun des paramètres du modèle. Avec, naturellement, des contraintes d’ordre biologique pour qu’ils soient les plus proches des patients réels.

En associant ces deux modèles à une population de patients virtuels, on peut ainsi simuler l’effet d’un traitement candidat sur une pathologie et une population de patients. Sur la base des résultats obtenus, et donc de cette information prédictive sur l’efficacité d’une molécule, les chercheurs peuvent rationaliser leur prise de décision pour la suite du processus d’études cliniques. Ils écartent ainsi d’emblée une part du risque d’échec.

Les études « in silico » ne remplacent pas la recherche « in vitro » et « in vivo » : elles les renforcent. Elles représentent le troisième pilier de la recherche médicale.

 

Quelle place auront selon vous les études « in silico » dans la recherche médicale de demain ?

FHB. – Nous sommes encore au stade de l’émergence de ce champ de recherche. Cela a mis du temps à décanter car le recours au « in silico » suppose une évolution des pratiques. Le secteur pharmaceutique semble de plus en plus réceptif à cette approche. Les perspectives sont prometteuses : le Congrès américain a voté en juillet 2017 une résolution donnant mandat à la Food and Drug Administration (FDA) pour promouvoir le « in silico ». L’Agence européenne du médicament (EMA) a, quant à elle, mis en place un groupe de travail sur le sujet.

Retrouvez-nous sur sanofi.fr