La révolution du Big Data en santé

Véritable mine d’informations pour la recherche médicale, l’émergence croissante des données appliquées à la santé offre des possibilités immenses pour la recherche médicale, tout en bouleversant nos méthodes de soins, voire notre système de santé. Explications.

Chaque jour, consciemment ou pas, nous générons plus de 2,5 trillions d’octets de données à travers le monde. A ce jour, plus de 90% des données existantes ont ainsi été créées lors des 2 dernières années. Et s’il est un secteur où les attentes sont nombreuses face à ce développement, c’est bien celui de la santé !

Selon Orange Healthcare, le Big Data médical devrait voir son volume multiplié par 50 d’ici 2050. À l’origine de cette croissance, on peut citer la génomique permettant d’étudier le fonctionnement des gènes, le développement des équipements de santé connectés (montres, balances ou lits connectés), la dématérialisation des dossiers des patients ou encore l’utilisation grandissante des applications santé (carnet de santé en ligne, conseils pour une gestion du diabète au quotidien, suivi des douleurs liées au cancer…).

La data santé en France

  • 150 000 applications mobiles de santé existent, dont 80 000 pour les médecins et 60 000 pour les patients,
  • 66% des pharmaciens d’officine sont prêts à vendre des objets connectés,
  • 78% des Français sont favorables au partage de leurs données de santé avec les professionnels de santé qui les suivent,
  • 70% des établissements de santé partagent déjà les données récoltées au sein de leurs équipes et près de la moitié le font avec d’autres établissements.

Le Big Data ou l’avènement d’une nouvelle médecine

Jusqu’alors, les médecins, laboratoires, centres hospitaliers ou de recherches étaient les seuls à disposer de données sur leurs patients. Aujourd’hui, les données de santé s’ouvrent progressivement, afin d’améliorer les connaissances en matière de prise en charge médicale et d’élargir le champ des recherches. Depuis avril 2017, la France a mis en application le principe de l’Open Data, avec le déploiement du « Système national des données de santé » (SNDS). Il regroupe les données de l’assurance maladie, celles en provenance des établissements de santé, les causes médicales de décès, les données relatives au handicap et un échantillon de données de remboursement d’assurance maladie complémentaire. Toute personne physique et toute personne morale publique ou privée, à but lucratif ou non lucratif, peut accéder aux données du SNDS sur autorisation de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), en vue de réaliser une recherche, une étude ou une évaluation présentant un intérêt public.

Cette évolution offre un potentiel d’innovations inépuisable. Selon Benoît Thieulin, directeur de l’agence La Netscouade et ancien président du Conseil National du Numérique, « la rencontre du Big Data et de la santé ouvre un cycle d’innovations sans précédent. On est dans le même type de saut vertigineux que la découverte des antibiotiques ». Cela se traduit par une transformation profonde de la médecine : aujourd’hui, nous faisons essentiellement du curatif, nous soignons les gens quand ils sont malades. Demain, grâce à une mise en commun de la data, une médecine prédictive, préventive, personnalisée et participative verra le jour et révolutionnera profondément nos méthodes de soins, avec :

  • une anticipation des maladies grâce à l’élaboration de profils de patients très précis,
  • une meilleure compréhension des maladies chroniques avec le croisement de données,
  • des actions de prévention accrues grâce à l’identification de menaces sanitaires et de risques d’épidémie,
  • une amélioration de la détection des effets indésirables ou des mauvais usages de médicaments,
  • une réduction des dépenses de santé (baisse du coût du séquençage du génome humain, diminution des frais d’hospitalisation grâce à la détection préventive de maladies),
  • l’opportunité de mesurer l’efficience des traitements et services de santé.

 

Côté patient, on parle désormais de « self management ». Outre les objets connectés et applications mobiles permettant de suivre en temps réel sa santé quotidienne, de nouveaux services se développent. Ils permettent aux patients de gérer de façon plus autonome leur maladie et favorisent l’accès aux soins, notamment dans les zones qualifiées de déserts médicaux (livraison de médicaments par drone, utilisation de supports portatifs pour la réalisation d’électrocardiogrammes à distance…).

De nouveaux acteurs de la santé

Avec l’essor de la data médicale, des acteurs d’un genre nouveau font leur apparition en santé. Les collecteurs et transporteurs de données, les hébergeurs, les spécialistes du traitement de la donnée deviennent des interlocuteurs clés.

Forts de leur maîtrise dans la collecte, gestion et traitement des données, les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) tirent naturellement leur épingle du jeu et des partenariats se forment avec les laboratoires pharmaceutiques. Sanofi s’est ainsi associé à Google, via sa filiale santé Verily, pour fonder Onduo. Cette coentreprise a pour mission de concevoir et développer de nouveaux objets connectés dans le domaine du diabète. Les partenariats avec des startups et des entreprises innovantes sont aussi à l’origine d’un bouillonnement d’initiatives. Sanofi renforce ainsi sa collaboration avec Evidation Health, pour mieux comprendre le poids de la maladie sur le quotidien des patients et développer des solutions innovantes.

Une révolution à encadrer

Si le Big Data appliqué à la santé permet de mieux soigner et de démultiplier les potentialités de la recherche, des interrogations éthiques se posent, comme le souligne Marc Bonnefoi, Vice-Président R&D Sanofi France, dans une tribune sur la médecine personnalisée : « proposer un traitement en fonction de résultats de portraits génétiques de patients ou de leur maladie ne risque-t-il pas de développer une médecine à plusieurs vitesses ? ».
Face à ces interrogations, c’est maintenant que l’ensemble des acteurs doit se rapprocher pour que des réponses soient apportées et que la médecine de demain, celle qui nous promet de vivre mieux et plus longtemps, tende toujours à être juste et égalitaire.

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