Faux médicaments : il y a urgence à y remédier

Un médicament sur dix vendu dans le monde est une contrefaçon. Les conséquences sont dramatiques : 700 000 décès par an sont dus à la vente de « faux médicaments ».

L’Institut International de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM) a été créé en 2010 pour lutter contre ce fléau. Objectifs ? Mener  des actions de recherche, fournir des ressources documentaires, sensibiliser les populations à la falsification et former les décideurs et professionnels de santé à la lutte anti-contrefaçon. Eclairages de Bernard Leroy, directeur de l’IRACM.

Quels sont les chiffres clés de la falsification de médicaments ?

Bernard Leroy. – Plus de 40% des médicaments testés à travers le monde ne correspondraient pas aux normes requises en 2015*.  Jusqu’à 70% des médicaments utilisés en Afrique sont faux. En France, les faux médicaments représentent 1% des médicaments achetés. Dans les pays pauvres, les contrefaçons s’appliquent principalement aux antibiotiques, aux  antipaludéens et aux antirétroviraux. Dans les pays riches, ce sont davantage les stimulants (amphétamine) et les anticancéreux qui sont concernés.
En 2011, les médicaments contrefaits représentaient 24% des saisies douanières en Europe, devant les cigarettes !

Bernard Leroy, directeur de l’IRACM
Bernard Leroy, directeur de l’IRACM

Quel rôle joue Internet dans la diffusion des médicaments falsifiés ?

BL. – Le trafic sur Internet est gigantesque : 50% des médicaments achetés sur la toile sont falsifiés et 95% des sites qui en proposent sont illégaux. Aux Etats-Unis, par exemple, les enveloppes de moins de 20 g ne sont pas fouillées. Les faux médicaments circulent alors dans des courriers dont le poids n’excède pas 19 g !

À qui profitent ces falsifications ?

BL. – On estime que le commerce de médicaments falsifiés rapporterait 200 milliards de dollars ! Trois filières sont derrière ce marché noir : le crime organisé international, les cartels latino-américains (la falsification de médicaments est 20 fois moins punie que le trafic de drogue) et les opportunistes qui détournent discrètement de la matière première pour fabriquer ensuite des médicaments composés de 5% de principe actif.

Que faudrait-il mettre en place pour lutter contre la falsification de médicaments ?

BL. – Avant tout, des lois qui mettent les échelles de peines au niveau de celles de la drogue et leurs applications. En outre, la criminalité étant transnationale, il faut que les juges et les procureurs apprennent à travailler ensemble au niveau international. Dans 7 pays africains, l’IRACM est parvenu à initier une modernisation des législations relatives aux faux médicaments et à rendre les pleines plus sévères.

*selon une compilation de 17 études réalisée par l’American Journal of Tropical Medicine and Hygiene, en avril 2015.

La sérialisation : le remède contre les faux médicaments

La sérialisation consiste à attribuer un numéro unique à chaque boîte de médicament. Aujourd’hui, on identifie un lot. Grâce à la sérialisation, chaque boîte sera identifiée et répertoriée dans une base de données. Cela va pérenniser l’impossibilité d’introduire et distribuer des médicaments falsifiés dans la supply chain officielle. L’infrastructure développée est considérable puisque cela concerne 32 pays, des milliards de boîtes et plusieurs milliers de fabricants.
Le 9 février 2019, la sérialisation sera obligatoire en Europe. Sanofi est d’ores et déjà prêt et a investi de l’ordre de 100 millions € dans la modification de 300 lignes de conditionnement et de son système informatique. La sérialisation est la continuité d’un système déjà sécurisé. Parmi les autres technologies utilisées figurent le témoin d’effraction, l’étiquette sécurisée à la manière des billets de banque, etc.

Guilhem Rousselet, directeur du packaging et de la sérialisation chez SanofiGuilhem Rousselet, directeur du packaging et de la sérialisation chez Sanofi.

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